Vous êtes ici : Le journal > Archives > Articles

Adrienne Pauly + Alabrune - 13 février 2008

Propos d’Adrienne Pauly, recueillis par Fabien ROUX pour l’Olympic et www.lart-scenes.com

C’est dans le bar de l’Olympic, encore désert à 2 heures du concert, que je retrouve Adrienne Pauly pour une petite demi-heure d’interview à l’occasion de son concert à Nantes.

FABIEN : Initialement, tu es comédienne, tu as joué notamment pour Claude Chabrol. Comment es-tu passée de la comédie à la chanson ?

ADRIENNE : J’ai tourné avec mon papa aussi. J’ai d’ailleurs fait mon clip "La fille au Prisunic" avec lui. Et comment on en vient à la musique ? Je crois que je n’étais pas faite pour n’être que comédienne, j’avais envie d’exprimer d’autres trucs, j’avais des choses dans la tête qui avaient besoin de sortir. (elle prend l’accent juif) Et j’avais envie d’écrire mon scénario. Pour les auditeurs, si je prend l’accent juif c’est que, quand on est dans un car 10 heures d’affilée, des fois il y a les racines qui ressurgissent, c’est l’abrutissement.

FABIEN : J’ai lu que l’envie de faire de la musique t’est venue grâce à Camille Bazbaz. Comment s’est faite la rencontre ?

ADRIENNE : L’envie de chanter, c’est Marylin Monroe et "Chantons sous la pluie" quand j’avais 6 ans. Mais Camille effectivement, c’est le premier type que j’ai rencontré qui vivait de ce métier et je me suis dit que c’était peut être possible.

FABIEN : Et lui, il t’a donné des conseils ?

ADRIENNE : Je l’ai bien fait chier ! Il voulait pas m’aider le salopard ! (rires). Il m’a montré 2 accords et il a pris un peu de temps pour répondre à mes désirs d’apprendre à jouer du piano.

FABIEN : Sur scène, on te vois tour à tour déchaînée, glamour. Est-ce que sur scène tu joues un rôle, suivant les morceaux, où tu te montres telle que tu es dans la vie ?

ADRIENNE : Je suis timide, pas timide, ca dépend des moments, je suis comme tout le monde. J’ai mes moments, comme on dit. La scène ca permet de se dire des trucs qu’on ne peut pas dire dans la vie ; on est vachement obligé de euh... on ne peut pas répondre à son patron, à sa maman... C’est sur scène que j’ai l’impression d’être la plus sincère. Enfin des fois on croit être sincère et on peu se gourer, avoir une mauvaise vue, dire que des conneries parce qu’on vise mal. Mais bref, j’ai posé mes mots, pris du temps pour écrire ces putains de chansons alors j’ai l’impression d’exprimer à peu près des trucs de moi.

FABIEN : Et ce premier album, tu as mis combien de temps à en écrire les morceaux ?

ADRIENNE : 4 ans, une vie comme on dit.

FABIEN : Et ça fait quel effet, une fois qu’on les entend, sur le cd ?

ADRIENNE : En fait ce qui fait le plus bizarre, c’est le moment où ça surgit. Par exemple moi je ne pouvais pas faire tout, toute seule, parce que je ne suis pas vraiment musicienne, j’avais mes mélodies, mais je me suis fait aider par plusieurs musiciens, et le moment magique c’est quand la chanson arrive. Après, finalement, le truc de s’écouter sur un disque ou s’entendre à la radio on s’en fout un peu, c’est vraiment anecdotique. C’est pas ça qui fait vibrer, qui donne l’impression qu’on est vivant.

FABIEN : Et il n’y a pas un moment où on se lasse de chanter LA chanson, celle qui passe beaucoup à la radio ?

ADRIENNE : Si, il y a un moment je me suis dit "merde", parce que je devais être un peu fatiguée à ce moment là, et comme une tournée c’est long, ça dure un an, il y a des moments où je me disais putain... et puis après c’est la vie qui vous rattrape, j’avais pas envie de chanter ça, et puis après ça revient et les chansons elles deviennent comme quelque chose euh... Pas ma vie d’avant parce je pense qu’on à toujours les mêmes obsessions, les mêmes angoisses, ce sont les mêmes questions qu’on se pose souvent mais quand même petit à petit on avance. Et maintenant j’ai beaucoup de plaisir à chanter ces chansons, d’autant plus que je vais en faire des nouvelles, j’en chante certaines sur scène, qui ne sont pas sur le cd.

FABIEN : Et donc le nouvel album se prépare doucement...

ADRIENNE : Non non, ça se prépare vite ! (rires) On va dire Octobre 2008 pour le prochain.

FABIEN : Quels parallèles ferais-tu avec le cinéma ?

ADRIENNE : C’est le jeu. Dans une fiction et en étant sur scène, finalement ça rejoint ce qu’on disait tout à l’heure, j’ai l’impression d’être plus sincère que dans la vie, avec un système de masques, comme dans un bal masqué, de déguisements.

FABIEN : Pourrais-tu maintenant que tu as connu la scène, laisser la chanson de côté pour revenir au cinéma ?

ADRIENNE : Si je suis actrice au cinéma justement je n’écris rien, je ne maitrise rien, je suis juste avec ma bonne gueule devant une caméra qui fera ce qu’elle veut de moi. C’est comme une colonie de vacances. Je vais refaire ça bientôt.

FABIEN : Et le théâtre, c’est une envie ?

ADRIENNE : J’ai jamais fait vraiment de théâtre. J’ai essayé, dans mes moments d’errance, parce que j’ai eu une petite galère comme tout le monde, comme des gens, pendant 6 ans, j’ai essayé de trouver ma voie, en faisant plein de trucs, j’ai écris une pièce de théâtre, des sketchs. Ca m’aurait plu de faire du théatre, mais j’en ai jamais vraiment fait, voilà... Mais en tant que spectateur je préfère aller au théâtre qu’au cinéma, j’aime bien lire les pièces.

FABIEN : Et écrire pour le théâtre, non ?

ADRIENNE : Ah sisi c’est possible. J’ai une petite pièce, qui s’appelle "Bonne nuit" ou "Où est le drame". C’est 2 filles qui dorment et il y en a une qui se réveille, elles ont toute leur vie autour du lit, des gâteaux, des disques, des machins. C’est 2 attardées mentales à mon avis (rires). Et quand elles se réveillent elles voient des spectateurs et l’idée c’est qu’on ne sait pas si c’est le rêve de l’une ou l’autre... Il va falloir la finir cette putain de pièce, pour qu’elles s’en sortent.

FABIEN : Donc c’est très...

ADRIENNE : Flippant !! (rires)

FABIEN : Tes morceaux ressemblent à des courts métrages, on met facilement des images sur les paroles. Ils pourraient justement devenir des courts métrages ?

ADRIENNE : Oui oui, justement c’est ce qu’on a fait avec le clip de la Fille au Prisunic, qui est très humble hein ! Quand j’écris mes chansons j’ai des images, c’est tant mieux si tu les vois, si vous les voyez en écoutant les paroles. C’est en ayant les images que j’ai les bons mots pour bien décrire l’ambiance, avec les mots les plus justes.

FABIEN : C’est vrai que vous choisissez l’humour pour...

ADRIENNE : Parce que j’ai beaucoup d’humour, sur moi (rires). J’voulais... c’est une façon de m’en sortir d’écrire ces chansons, parce que j’étais un peu déprimée à l’époque, j’avais envie de rire beaucoup. On peut dire la vérité, dire que c’est dur quand on souffre mais que c’est quand même drôle parce qu’on se remet tous de nos grosses douleurs, on est un peu des farceurs, bon sauf en cas de grosse maladie, où on passe par des hauts et des bas, mais ce qui est beau c’est que c’est en mouvement, que comme on se remet de nos gros drames à peu près, qu’on arrive à comprendre qu’il n’y a pas un destin, un truc marqué, on peu toujours jouer.

FABIEN : Donc il y a des morceaux qu’aujourd’hui tu n’écrirais pas pareil. ADRIENNE : Bah écoute, dans tous les morceaux qu’il y a dans ce disque, c’est toujours d’actualité pour moi. Le truc du méchant cafard euh... (Elle slamme) "J’ai dans la tête un méchant cafard qui me nargue il est bête avec son gros pétard, je lui foutrais bien un poing, ah si j’en avais un sous la main". Je me sens beaucoup mieux maintenant parce que j’ai des amis, tout d’un coup il y a une sorte de reconnaissance, moi qui me sentais tellement incomprise c’est quand même vachement agréable de pouvoir dire des trucs à des gens qui viennent vous voir et vous écouter et voilà qu’on euh... J’ai pas l’impression de baigner dans un grand bain d’amour parce que j’ai pas des visions comme ça mais je me sens mieux qu’avant. Mais comme je te disais tout à l’heure je pense que les obsessions sont toujours là, elles deviennent plus légères. Mais j’aime plutôt bien la vie !

FABIEN : En France on a tendance à beaucoup comparer les artistes les uns aux autres. Quand on te compare à Catherine Ringer, tu revendiques cette influence ?

ADRIENNE : Non, c’est idiot de revendiquer le fait d’être comme quelqu’un d’autre. On a tous envie d’être un peu différent, on le voit bien dans cette société, tu sais, un peu débilos où on se met devant une camera dans une pièce carrée et il faudrait qu’on nous aime parce qu’on est ce qu’on est. Je m’égare trop, moi j’aime beaucoup les Rita Mitsouko, quand j’étais jeune c’était le groupe français qui faisait le rock que j’aimais donc ça me fait plaisir la comparaison mais en même temps je cherche ma voie aussi et j’espère que j’ai réussi à faire des trucs avec ma voix mais je pense qu’on a des... par exemple Catherine Ringer, elle est dans quelque chose de plus fort techniquement que ce que je fais moi, dans la voix justement, moi c’est presque parlé parfois. Mais je l’aime beaucoup aussi pour les paroles, qui sont très simples, on comprend tout de suite, où il y a un mélange de crudité et de poésie, elle a un côté shlasse, la belle fille mais toujours avec un pet de travers alors je peux comprendre ça, moi qui ai toujours senti qu’il y avait un truc qui n’allait pas dans ma vie, un trou dans les poches, une mèche qui tombe dans l’oeil, et je ne me complets pas la dedans, j’essaie de me coiffer, de résoudre ces ptits problèmes de la vie concrète, parce que la vie concrète m’angoisse. Mais c’est quand même intéressant d’être un peu lucide et d’ouvrir les yeux, bref, pour tout ça je me sens proche de ce qu’elle raconte, et ses influences (de l’opérette à mon avis) ; il y a quelque chose de grandiloquent dans ces chanteuses qu’on dit réalistes, que moi je ne trouve pas réalistes, comme Frehel etc... qui racontaient des histoires d’amour très graves mais ça n’est pas réaliste, enfin ça peut l’être mais c’est tellement délirant cet amour, qu’à la fin elles finissent par tuer leur mec où je sais pas quoi, prendre de la coco. Frehel dit (elle chante) "je prends de la coco, ça trouble mon cerveau, l’esprit s’envole vers le Seigneur, mon amant de coeur m’a rendue folle". C’est délirant, ca me fait marrer, mais c’est aussi pour ça que j’aime la musique, pour des gens comme Billie Holiday ou Chet Baker qui rendent les émotions de la vie plus fortes et donc ce n’est pas le train train quotidien mais c’est quelque chose qui vous fait savoir un peu mieux pourquoi vous êtes triste, pourquoi vous êtes gai, qui vous font comme une catharsis. C’est ça qui m’intéresse moi dans les chansons. J’ai l’air de parler de tout ca très gravement mais c’est très simple de toute façon, ça peut être aussi "One, two, three, four" et c’est Elvis Presley et c’est super, mais j’aime que ça me parle de la vie, que ça me fasse rêver, ou que ça m’excite, que ça me donne envie de faire l’amour, ou je sais pas quoi, de pleurer, mais qui ait une émotion un peu forte. Et je me reconnais là dedans. Je trouve que ce sont de grands artistes, ils ont su aussi s’en foutre complètement de faire partie d’un genre ou d’un autre, ils ont tout mélangé, ils ont fait leur sauce et puis voilà. Bonjour, au revoir, ils ont fait la musique comme ça, spontané, ce qui n’empêche pas la réflexion, parce qu’il y a des choses qui existaient avant eux, ils avaient une culture de la musique et tout ça. Et puis ça n’est pas à moi de me définir, ça me fou le cafard (rires).

FABIEN : Eh bien ça fait une très bonne conclusion.

ADRIENNE : Merci à toi. En tout cas c’est sympa l’Olympic comme lieu. Ca donne envie d’être bon quand on arrive dans une ptite salle rock comme ca, on sent qu’ils ont fait attention à la déco et tout (rires).

Propos d’Alabrune, recueillis par Fabien Roux pour l’Olympic et www.lart-scenes.com

FABIEN : A La Brune… Pourquoi avoir choisi ce nom ?

DELFINE : En fait c’est tiré d’une vieille expression française "A la brune" qui veut dire "à la tombée de la nuit, au crépuscule". Mais ça peut vouloir dire aussi "à la bière brune" ou "à la fille brune". C’est à la fois romantique et rock’n roll (rires). C’est un moment entre deux, entre le jour et la nuit. Enfin je voulais un nom français, pour un groupe qui chante en français c’est important et c’est une envie de collectif, c’est un groupe.

FABIEN : Delfine, j’ai lu que tu as débuté par le jazz... comment on en vient au pop rock ?

DELFINE : Quand j’ai décidé d’arrêter de travailler, je me suis inscrite dans une école de musique. Et le pop rock c’est venu naturellement.

EMMANUEL : Déjà tu es plus proche du pop rock que du jazz.

DELFINE : Oui, et le pop rock c’est plus l’écriture des chansons.

EMMANUEL : De toute façon en France quand tu veux entrer dans une école de musique tu n’as pas trop le choix, c’est souvent du jazz.

STEPHANE : Ca s’apprend pas le rock, ça se ressent.

FABIEN : Vous avez participé en 2007 aux Festival Les Femmes s’en mêlent. Qu’a pu vous apporter ce style de festival, axé artistes féminines ?

DELFINE : C’est un festival plutôt intéressant, et c’est bien qu’il y ait un festival de filles, sans vouloir être féministe ou revendicatrice.

EMMANUEL : Les gens nous voient c’est important, c’est un bon tremplin les festivals.

DELFINE : C’est la période aussi où on a eu le prix sacem, on a fait les Bars en Trans, on a eu un morceau sur la compil’, on a sortie notre 6 titres. S’était l’enclenchement de moments phares, de possibilités de jouer alors qu’on était encore un jeune groupe. Ca ne faisait que 6 mois qu’on existait. C’était une belle marque de confiance de la part des organisateurs du festival, c’est encourageant pour un jeune groupe.

FABIEN : Quand on vous voit sur scène, on peut trouver une similitude avec Adrienne Pauly, dont vous faites la première partie ce soir. Vous vous sentez proches de son univers ?

DELFINE : C’est prétentieux de se trouver similaire, de se comparer à d’autres, ça n’est pas à nous de le dire. Mais c’est une artiste qu’on apprécie beaucoup, on a fait 2-3 fois sa première partie.

FABIEN : Comment en vient-on à faire une première partie de concert ?

DELFINE : Là par exemple c’est la Bouche d’Air qui nous a contactés. Je crois qu’ils nous avaient entendu sur la compile des Bars en Trans. Et ils nous ont contacté pour jouer ici.

EMMANUEL : Et parfois c’est un échange entre professionnels, ou bien sûr par envie du tourneur ou de quelqu’un de l’équipe.

FABIEN : Qu’elles sont vos influences musicales ?

DELFINE : On en a pas forcement. Gainsbourg, Bashung pour les paroles, PJ Harvey, Shannon Wright, Queen of the Stone Age.

EMMANUEL : On est assez rock en général. Quand tu fais de la musique tu écoutes de tout ; moi je suis un fan de jazz, mais quand j’étais jeune la première affinité c’était le rock quand même.

DELFINE : Vassia c’est le plus rockeur.

VASSIA : Mais non...

DELFINE : Mais si, regarde tes cheveux (rires).

STEPHANE : On écoute de tout, par goût mais aussi pour se nourrir de plein de truc.

FABIEN : Quand on fait une première partie, peut-on en profiter pour échanger des choses avec l’artiste principal ?

DELFINE : Pas vraiment, mais la musique c’est un petit milieu, on se connait tous plus ou moins.

FABIEN : Ca n’est pas frustrant de ne jouer que 45 minutes ?

EMMANUEL : On est assez jeune donc c’est un très bon format, on peut faire évoluer le set, changer les morceaux.

DELFINE : Et c’est un bon tremplin. Et puis comme on a pas de public, c’est bien de commencer comme ça.

FABIEN : Tu as obtenu le prix Sacem 2006 au tremplin de la chanson des Hauts-de-Seine (après Pauline Croze en 2004 et Emily Loizeau en 2005). Est ce que ce prix a changé quelque chose dans ta carrière ?

DELFINE : dans le réseau professionnel il y a une vraie reconnaissance. C’est un joli prix le prix Sacem, c’est le prix de l’écriture. Et comme le groupe était très jeune, en 6 ou 7 mois il y a eu une reconnaissance beaucoup plus rapide que ce qu’on aurait peut être du faire. On avait 6 morceaux.

EMMANUEL : Pour nous c’était génial, ça soude un groupe, on se dit allons y à fond.

STEPHANE : Et de toute façon ce ne sont pas des choses qui te propulsent mais comme à Paris c’est un petit milieu les choses se savent, c’est comme tout à l’heure dans ta question sur les Femmes s’en Mêlent, ça fait parler les gens. C’est pas non plus une fin en soit.

DELFINE : Mais ce sont des bons coups.

FABIEN : C’est tombé à un moment où vous doutiez un peu .

DELFINE : si tu doutes au début, que tu commences par une grosse scène, où tu as le prix SACEM, le doute est minimisé, tu te dis que c’est génial.

EMMANUEL : Ca plante un truc. Tu te remets moins en question sur scène, mais ce n’est que le début. En plus le prix SACEM c’est tous les ans, il y aura bientôt le prochain.

FABIEN : Vous avez sorti un 6 titres. La prochaine étape ça va être l’album ?

DELFINE : En est en train de la concevoir.

EMMANUEL : D’ici 6 mois un an.

DELFINE : Il y a une vraie envie de le faire, à 4. On est plus dans un travail de recherche que d’exécution. C’est moi qui écris les morceaux, j’arrive avec mes mélodies, mes textes, mais le travail est collectif, ce sont les arrangements qui font tout le morceau.

Photos : Fabien ROUX


Portfolio